Cette semaine, nous avons eu le plaisir de rencontrer Cécile Delbousquet, tombée dans la communication toute petite.

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Cécile Delbousquet, pouvez-vous nous résumer votre parcours ?

Je suis tombée dans la communication toute petite.

C’est donc tout naturellement que j’ai ouvert ma voie avec un IUT de Communication à Toulouse, poursuivi par Sciences Pô à l’IEP de Toulouse également. J’ai eu la chance de commencer ma carrière chez Decathlon, en pleine phase pionnière à l’époque, comme adjointe à la direction régionale. Un voyage absolument extraordinaire, quelle magnifique entreprise ! Ensuite à Paris chez Unibail en tant que manager de centre commercial avec un gros volet communication dans la gestion de budgets de plusieurs millions d’euros.

Arrivée à Nantes, j’ai repris le chemin de l’école, de Design cette fois, pour affuter mes compétences en multimédia et graphisme pour endosser ensuite la direction de la communication des 2 pôles commerciaux d’Atlantis et Paridis. De quoi être rompue à toutes les problématiques de communication, media et hors media croyez moi, notamment à l’évènementiel à grande échelle. L’occasion d’initier des partenariats étonnants et uniques avec le Puy du Fou par exemple. Ou encore avec des maisons d’édition pour formaliser un rendez-vous littéraire récurrent, le salon Graine de Lecteur à Paridis.

Puis changement de secteur mais pas d’univers avec un groupe immobilier implanté en centres commerciaux. L’Etude Immobilière, un réseau particulièrement innovant où j’ai développé une application inter/intranet pour optimiser l’expérience client. Si aujourd’hui ce qu’on appelle l’UX est le point d’entrée de toute stratégie digitale, il y a 10 ans cette notion émergeait à peine, tout était à faire, à inventer.

L’interface offrait autonomie, visibilité en temps réel (nombre de visites en ligne, etc)  liberté dans la gestion du projet immobilier, notamment positionnement du prix de vente avec des fonctionnalités inédites, visites filmées etc.

Geek ‘raisonnée’, je suis passionnée par l’innovation et l’immense territoire, ce bouillonnant « océan bleu » que nous offre la technologie.

Aujourd’hui je suis consultante auprès d’entreprise en quête de transition numérique, d’intégration des nouveaux usages et outils en ligne, y compris en communication interpersonnelle.

Je suis par ailleurs formatrice en communication, marketing et créativité digitale auprès d’étudiants et d’adultes.

Quelle est votre définition du digital ?

Etymologiquement, le digital c’est l’utilisation de terminaux digitaux, soit les devices tactiles = mobiles, tablettes, montre connectée.

Cela symbolise pour l’instant l’interaction optimale humain–machine. C’est un formidable accélérateur technologique qui a replié le temps et l’espace et nous a doté du fameux ‘’207e os’’ : le mobile.

La révolution du Mobile first que nous vivons depuis 3 ans, n’est qu’une étape.

Déjà les assistants personnels comme Alexa ou Google Assistant affranchissent l’humain du contact physique en instaurant le dialogue oral avec la machine.

On évoque aussi avec le Galaxy S8 une nouvelle génération de mobile intégrant les fonctionnalités d’un desktop avec une interface OS hybride. La révolution de l’outil et de son usage se poursuit à grande vitesse.

Une tendance lourde définit le digital : la convergence, c’est à dire la concentration du contenu vers un seul contenant. Vivendi vient ainsi de créer un poste de Chief Convergence Officer pour agréger contenus, plateformes et distribution.

Cette concentration submerge les médias. La TV devient connectée, elle se libère du salon et des éditeurs historiques. La radio produit de l’image. Le spectateur/auditeur devient producteur de son propre contenu ou éditorialiste avec la curation de contenu. Il choisit, sélectionne et diffuse musiques, articles, vidéos sur un blog, une chaine Youtube ou un media social.

La convergence se retrouve aussi dans la standardisation des Gafa vers le déploiement de plateformes multifonctionnelles, quasiment identiques. Ces géants du web sont un peu à la traine d’ailleurs si on considère le ‘’méga facebook’’ chinois WeChat. Ce réseau concentre déjà toutes les fonctionnalités inimaginables y compris la monétique mobile.

Et enfin la convergence des outils vers le désormais tout puissant mobile.

Cette tendance lourde pointe vers un seul outil, le mobile mais surtout à travers lui, vers le mobinaute.

Le support, vecteur de la sacro sainte ‘expérience utilisateur’ définit le contenu et son format et non plus l’inverse. C’est une permutation majeure du paradigme dans la communication aujourd’hui.

Le marketing via la mine d’enseignements de la smart data, dessine au micron près le profil de la cible, ses modes de fonctionnement, habitudes d’achat, centres d’intérêts extrapolés toutefois, malgré cette pré-science, rien n’est écrit.

La cible reste maitre de sa perméabilité au message, auto-apprenants, les fameux Y et Z veulent bien jouer le jeu, mais ils en choisissent les règles. Ils ont tôt fait d’identifier la manipulation et de sanctionner l’éditeur.

Quelles ont été les principales modifications dans le secteur de la communication et du marketing et comment voyez-vous les perspectives pour ce secteur à l’avenir ?

Dans ce secteur les implications sont infinies. Je dirais que les lignes ne bougent même plus, elles s’effacent littéralement.

Le mouvement perpétuel est un mythe qui pourrait devenir réalité à travers la révolution permanente infusée par le digital.

Cela suppose une veille approfondie et assidue sur les techniques, dispositifs et stratégies multicanal. En effet, l’appropriation très rapide d’une stratégie gagnante la voue immanquablement à se périmer rapidement. Les cibles apprennent très vite les mécanismes marketing qui sont déployés, et donc annule leur efficacité.

L’efficience d’un dispositif aujourd’hui nait de la nouveauté, de la surprise, de l’inattendu parfois programmé, parfois pas du tout.

Certes les principes fondateurs du marketing demeurent : insights, promesse, positionnement, segmentation, toutefois la mise en œuvre d’un marketing opérationnel multi canal requiert une connaissance pointue de l’écosystème digital, une forte créativité, un soupçon d’intuition et souvent de la chance.

Il n’y a plus vraiment de vérités immuables. Il s’avère présomptueux de présumer le comportement du persona face à un dispositif de communication. Le marketing au travers du digital n’a jamais été une science aussi pragmatique.

Nous sommes engorgés par l’infobésité, sur-sollicités par 500 à 2000 messages publicitaires par jour selon les sources. Le déficit d’attention qui en découle oblige la communication d’entreprise à passer du déclaratif publicitaire désormais invisible, au discours narratif. La quête de sens, la prévalence du contenu à valeur ajoutée symbolisent l’ère du 3.0. Les récits de marque qui décrivent un arc narratif nourri de valeurs, d’émotions, d’appartenance identitaire séduisent davantage que les valeurs d’usage du produit.

L’intelligence artificielle à horizon 2020, soit la version 4.0 de la révolution numérique me donne un étrange vertige,  un genre de choc anachronique. Celui de vivre la science-fiction qui a nourri mon adolescence. Que pourraient écrire aujourd’hui Asimov ou Dick, Orwell ?

Parmi toutes vos expériences, laquelle vous a le plus appris ?

A titre personnel, être mère est définitivement l’expérience la plus terrifiante tout en étant la plus jubilatoire.

Sur un plan extra-maternel, je dirai mes expériences d’animation et de chroniqueuse à la radio. C’est un média que j’affectionne particulièrement parce qu’il offre une des plus grande liberté d’expression. Il laisse une vaste part à l’imagination. Pour reprendre Michel Serre, ce que dit l’image est plus faible que le son.

On a tous le souvenir de fabuleuses histoires racontées par un parent, une maitresse, un conteur, combien l’imaginaire battait alors la campagne, le pouvoir hypnotique d’une voix, l’éventail d’émotion, de sensations qu’un timbre peut inspirer.

C’est le media le plus riche et immersif qui soit à mon sens.

De l’autre côté du micro, la tension du direct, l’immanence de l’impondérable incite ou ramène à une certaine humilité. Elles contraignent aussi à de la rigueur dans un exercice paradoxal parfois acrobatique, l’improvisation préparée.

L’expérience traumatisante du « blanc » à l’antenne, du black-out total face au micro, d’un immense moment de solitude et surtout de silence, me l’avait douloureusement rappelé à mes débuts.

Merci à Cécile Delbousquet pour ses réponses très complètes.